mercredi 18 juillet 2018

Interlude : Halifax


**Note: Dans le contexte de ce blog, un interlude est un texte court, une photographie ou, comme dans ce cas, une/quelques anecdote(s). **


Le réceptionniste du comptoir des résidences de l’université Dalhousie s’excuse : Downtown Halifax se marche en cinq minutes. « I went to Montréal once, this is like our Sainte-Catherine, but way smaller (1) » me dit-il en pointant Spring Garden Road sur la carte. « Here is were you eat if you want something like in Montréal. (2) » Il place un x pour y indiquer un restaurant de sushis. « It’s in front of the new public library! (3) » Son regard s’illumine et il se penche sur son clavier. Après quelques secondes, il tourne son écran vers moi pour me montrer des images de la bibliothèque d’Halifax et m’explique que l’architecture moderne le passionne. 

"Paul O’Regan Hall, la
bibliothèque en question" 



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Paul O’Regan Hall, la bibliothèque en question, est un bâtiment moderne qui ressemble à une brique géante en verre qui aurait été coupée horizontalement à deux endroits puis mal recollée : son étage central est posé de travers par rapport aux quatre autres. Son revêtement est transparent pour les premiers et derniers étages, et en verre rouge pour son étage « brisé ». J’observe l’édifice d’un demi sous-sol en buvant une tasse de Hojicha (4), incapable de choisir si je suis de ceux qui adorent ou détestent ce genre d’architecture.

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Sushi Nami Royale est un restaurant de sushi caché dans un demi sous-sol à haut plafond sur la rue Queen à Halifax. Le décor est flamboyant et branché, les chaises et tables sont minimalistes dans leur conception. Dans le coin gauche de la salle, près des fenêtres, des tables plus hautes sont entourées de tabourets rectangulaires. C’est assis sur un de ces derniers que je regarde Paul O’Regan Hall et les passants. Le poisson, excellent, me rappelle que je suis dans une ville côtière. Mon attention se divise entre le saumon teriyaki de ma bento box et les piétons qui passent devant ma fenêtre. Le réceptionniste avait dit vrai, on y mange comme à Montréal.

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J’ai passé un peu moins de 48 heures à Halifax, mais j’y ai marché plus de 20 kilomètres. En dehors du congrès auquel je participais, j’ai visité un salon de thé, un café qui se double en crèmerie, un autre café, un bar à thématique de moustache (5), un restaurant crasseux, mais délicieux, et un autre magnifique ET délicieux. Je n’ai pas que mangé, j’ai aussi fait de la photo, regardé un cargo passer devant le centre-ville et disparaître derrière une île autour de midi, et écouté la musique d’un bateau-discothèque vers minuit. J’ai visité l’université Dalhousie, les jardins publiques, la marina, et le centre-ville.

Halifax est un étrange mélange d’histoire peu ancienne et de volonté récente, avec son architecture mi dépassée, mi avant-garde. Je m’y sentais comme on se sent dans un chandail en laine usé à la perfection, comme dans un gant de la bonne taille. Et à chaque endroit, je me retrouvais hanté par une voix douce, mais assuré, forte sans être violente (6). Ce murmure qui ne me laissait pas tranquille, je le reconnaissais sans le connaître. C’était une voix qui me disait : « Ici, Yann, ici tu pourrais vivre heureux. »



  1. « J’ai été à Montréal une fois, c’est comme notre Sainte-Catherine, mais beaucoup plus petit. » 
  2. « C’est ici que l’on peut manger aussi bien qu’à Montréal. » 
  3. « C’est en face de la nouvelle bibliothèque! » 
  4. Thé vert japonais. 
  5. “Keep calm and grow a Stache!” – Moto du bar Your Father’s Moustache 
  6. C’est ainsi que je décrierais la voix des néo-écossais si on me le demandait. 

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